Partagez | 
 

 à la mamelle du ciel. (nikita)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
admin ☩ barbaric song
avatar
Khovanka Believ
admin ☩ barbaric song
HIVERS : : Vingt-et-un. BRATVA : : La Zapadovitch. BRANCHE : : Pythie des Âcres Simulacres. LABEUR : : Délivre les démons des âmes, prodigue défonce à qui choit en ses bras. CAPACITÉ : : Évanescence se fondant au Nav, elle est fumée, elle est Chimère. NIV. : : Premier. SYNDROME : : Souffre d'aphonies séquentielles déchirantes, et glaviote chair et sang jusqu'à cessation du supplice. IMPOSTURE : : Exorcise les maux des corps, dans un sordide salon de massage. ÉCHOS : : Vaurienne à l'aura de Sibylle, elle suinte d'une capiteuse étrangeté de sous ses sapes criardes. Khovanka, si on la reconnaît, on ne la connaît pas. ROUBLES : : 74 MÉFAITS : : 68 ID & GUEULE : : Carnavage, avec Charlotte Carey. CLIQUE : : Sacha Voliakov. CRÉDITS : : Carnavage (ava) ; Alas (sign) ERRANCE : : 28/10/2016
Sam 12 Nov - 6:12
____________________________________________


à la mamelle du ciel

lâchés en liberté dans le champs des jours vierges
C'est jour de tonte, au malolietki. Acculées dans la cour, pour l'occasion, c'est flancs contre flancs et museaux en rang, que les chiennes à l'arrêt claquent des ratiches en chœur, sous la schlague hivernale. Épidémie de poux, qu'on leur a rauqué de bon matin, au mégaphone. Vous étripez pas, qu'on leur a aboyé, quand déjà les cliques rivales s'envoyaient regards noirs et mots bleus. Y vont nous ébarber la fouf' aussi ? qu'on a fini par railler, à défaut de pouvoir en découdre. Et pour l'épidémie d'matuches, ça s'passe comment ? qu'on s'est contenté de penser, quand ceux-ci s'en sont pris aux culs des pitres, triques au poing. Ça fait bien deux heures, depuis, qu'elles se les gèlent sans moufter, patientant qu'on les hèle de derrière les battants du réfectoire. La faute aux nœuds, qu'ils disent, ça nique les tondeuses. C'est qu'un peigne, en ces murs, il n'a pas le temps d'étriller du cuir chevelu bien longtemps. Un peigne, c'est en surin qu'on le rabote, aussitôt qu'il en traîne un. Alors oui, elles ont des nœuds, et par extension des poux ; et le plus sûr moyen d'éradiquer la vermine, c'est encore d'en raser la lande — Khovanka sait, Khovanka n'oublie pas. D'ailleurs, un jour, ils finiront bien par leur défricher aussi les chicots, puisque même les brosses-à-dents trouent plus de peaux qu'elles ne raclent d'émail.

« Believ ! Putain, oh ! On t'cause ! » D'un revers de paluche, la dénommée éponge la nuée de postillons lui mouchetant la paupière, lorgnant de l'autre le gardien penché sur sa putain de tête à claques. « Bouge un peu ton cul ! », qu'il s'impatiente, en la chopant par la capuche pour la tracter à sa suite. Ça gronde un peu, mais ça coopère quand même. D'instinct, les pognes s'empêtrent toutefois dans la sombre broussaille ; elle y tient pas trop, à ses poux, pas plus qu'à sa tignasse, mais ça l'emmerde par principe. Faut croire que ça emmerde les dieux, aussi, puisque l'accès à la cantine n'est finalement que longé. Elle pose pas de question, la môme, pour une fois. Pas même lorsqu'ils s'engouffrent dans le bloc A, et qu'on lui ordonne d'attendre là, à cet endroit, qu'elle ne connaît pas. Les radiateurs fonctionnent, dans cette aile-ci, qu'elle note. Alors elle attend, sans broncher, reluquant tantôt le distributeur de friandises qui ronronne en face, tantôt l'écriteau doré, cloué à la porte à devers de laquelle son convoyeur disparaît. Bureau des sorties, ça dit, sans éveiller, dans la conscience usée, ne serait-ce qu'une suspicion quant à son sort prochain. Le maton reparaît, lui fait signe d'approcher. « T'as quelqu'un à appeler ? », qu'il lui demande. La caboche oblique. « Tu vas rentrer comment ? » Les épaules cahotent. Derrière lui, y a une petite bonne femme qui lui sourit, assise à son bureau ; ça l'angoisse. « Quand c'est qu'on m'tond ? grinche la vaurienne, front bas, mal à l'aise, ramène-moi. » Alors, la dame se lève, elle et son sourire laqué, plaqué entre bajoues poudrées et main tendue vers l'épaule de la détenue. « Touche-moi pas, toi, elle avertit, poings serrés contre cuisses, avant de réitérer sa supplique péremptoire, ramène-moi ! » Ils ricanent, se louchent l'un l'autre d'un air entendu ; et ça l'inquiète, ça l'agace. « Tu comprends pas ? », se gausse l'uniforme, en la boutant du plat de la paume vers l'office, tandis que s'efface le bout de vieille, soudain plus bien rassuré face aux quarante-cinq kilos de nerfs irradiant de hargne. On lui fourre alors le combiné d'un téléphone entre menottes. « T'as cinq minutes, vas-y..., ou tu veux qu'on appelle l'avocat ? t'es mineure, on n'a pas le choix. Faut que quelqu'un vienne. » Mais que quelqu'un vienne, pour quoi ? La question se loge entre parois crispées de gosier. D'une chose elle est certaine, cependant : elle ne veut pas le revoir, le traître. Alors elle grogne, tout en portant l'engin à son tympan nonobstant. L'index valse au-dessus des touches, un instant, puis les burine. Ça sonne. Ça répond.

« C'est moi, faut qu'tu viennes... À Vorkouta. »

☩ ☩ ☩ ☩

Entre phalanges, roule l'âcre pétun, qui tâche ergots et bronches, et qu'on ne boucane qu'ici-haut, en enfer. Un coup de langue colle les bords, et la cibiche se loge sous la babine. « C'est lui ? », on lui demande. « T'as du feu ? », elle rétorque. Deux jours, qu'elle a compris. Deux jours, qu'elle guette un point rouge à l'horizon. Elle opine, tandis qu'une flamme lui vacille sous le museau. C'est lui. La grille renâcle, sur sa glissière, mais s'évase suffisamment pour que la Lada s'y faufile. « Faut qu'il signe la décharge, ton... c'est qui, déjà ? » Une espièglerie se fore un layon oublié à sa commissure. Campée d'aplomb dans ses kirza, la gamine renifle alors crânement. « Mon mec, répond la menteuse, c'est mon mec. »

En retrait elle demeure, tandis que déboule le tacot. Les prunelles ne font pas mine de la remarquer, lancées qu'elles sont à l'opposite, et pourtant. Une sorte de soulagement l'étreint, lorsqu'est coupé le moteur, et la portière ébrasée. Mais c'est bien à la clôture, que l'attention demeure cramponnée. À ces gueules qui, au-delà, s'agrippent de la même façon à la sienne. À ces chiennes qui, au-loin, saluent en sourdine l'imminent exode de la louve. Lorsque choit le mégot, enfin, elle s'abstrait de tels mutiques adieux, et vers le conducteur, elle se détourne enfin, en jetant en travers d'épaule son sac de sport, son néant de vie. « Bon. On s'arrache ? »
les nouveaux sauvages

Revenir en haut Aller en bas
BETWEEN GODS AND BEASTS
avatar
Nikita Noskov
BETWEEN GODS AND BEASTS
HIVERS : : trente-huit. BRATVA : : la viande et les putains; la Severovitch. BRANCHE : : agonies salutaires. CAPACITÉ : : Théurgie – niv. 3. SYNDROME : : érythème noirâtre, démangeaisons féroces. IMPOSTURE : : les mains dans la bidoche d'un abattoir, en attendant le soir. ROUBLES : : 174 MÉFAITS : : 184 ID & GUEULE : : para bellum CRÉDITS : : CARNAVAGE. ERRANCE : : 02/09/2016
Mar 15 Nov - 0:24
____________________________________________


Ça commence par un coup de fil. Le cellulaire qui vibre, alors qu'il dessine les jambes, infinies, d'une fille qu'il a vu, ce matin dans la rue. Ça commence par son hésitation, qui se mouve en décision. Il décroche sans lorgner le numéro. Peut-être qu'il aurait dû. Myocarde et fusain s'interrompent quand, au bout de la ligne, c'est elle qui cause. Vorkouta que sa voix écorchée balance ; blase hermétique, qui ouvre leur silence. Et y'a quoi à Vorkouta ?

Ça commence par un

Moi.

Il est sur son toit-terrasse, debout, échoué contre un muret écroulé, à reluquer le vide pour y rafler un peu de sens. Entre ses doigts, une gitane agonise en longues traînées de poix. Il regarde la friche, en bas, qui étend partout son empire de bourbe et de ruines. Il lâche un glaviot pour les abysses de béton. Est-ce qu'il a le choix ? Est-ce qu'il l'a seulement eu ? Est-ce qu'il n'était pas déjà, un peu foutu ? Il n'a aucune putain d'idée d'où c'est, Vorkouta. Quand elle est partie, on ne lui a rien dit. Elle n'était simplement – plus là. Et avec elle, sa baraka, ses prodiges, ses petits miracles, se sont taris aussi. Trois heures à dévoyer aux Agonies. Trois heures, et il partira.

⚔⚔⚔

Énième café qu'il s'enfile, le ventre vide et la gueule somnolente. Il roule depuis trop longtemps, dans ce vide où les heures n'ont plus de sens. Un blanc sale recouvre tout, et tout se mêle, et tout se fond. Le paysage n'est qu'un crachat monotone, un rien qui s'étale, à l'infini. Un rien qui dévore tout. De jour, le ciel et la terre se confondent dans un brouet laiteux – un magma primordial qui n'a de sens que pour les Dieux. Mais de nuit, tout est plus terrible ; car il n'y a que le flamboiement des phares pour engendrer le monde. Si une tourmente venait à se lever, il sait qu'il disparaîtrait sans bruit. Il cesserait d'être, simplement – parce qu'ici, rien n'existe vraiment. Ici n'est qu'un lieu de passage pour les êtres comme lui, les étrangers dont les foulées ruinent la lande sacré. Ils ne doivent pas s'attarder.

⚔⚔⚔

Quand il échoit enfin à Vorkouta, l'après-midi touche à sa fin. Là-bas, la neige est noire. La ville n'est qu'un morceau de crasse, échoué on ne sait comment dans la poudreuse. Hors des enceintes de la cité, il aperçoit la gangue fatale du malolietki ; un quart d'heure de plus, et il aura rallié son terminus.

Il arrive. Patte blanche montrée, on l'autorise à franchir sans mal le portail archaïque. Il n'a pas mis un pied dehors, qu'un maton l'accoste déjà pour lui balancer entre les battoirs une illisible paperasse. « Z'êtes qui déjà ? De la famille? » Ça postillonne. Ça veut savoir. « Ouais. », que le menteur crache allusivement. « De la famille proche ? » « Ouais. » Ça insiste. Sous ses prunelles, les sigles s'emmêlent. « Cousin, frère... ? » « Ouais. ». Il signe dans la dernière case, tout en bas. Fourre le papelard dans les bras du type. Aucune idée de c'qu'il a coché ; l'autre pourra bien se torcher avec.

Avisant qu'il en a terminé avec les formalités, la môme se radine, un sac en travers de l'épaule. Elle a poussé, depuis la dernière fois. Il se demande si elle a des nibards sous son pull. Ni accolade, ni embrassades quand elle le rejoint. Ils se toisent comme deux clébards se renifleraient le cul, l’œil torve et les babines frémissantes. Elle veut décaniller. Alors ils décanillent. Sans un adieu, sans un mot, abjurant par-là même un enfer dont il ne saura probablement jamais rien.  

Dans le confort – relatif – de la Lada, il l'informe qu'ils passeront la nuit à Vorkouta. Il a besoin de dormir, au moins quelques heures avant de repartir; une popine enfoncée dans les entrailles du bourg fera bien l'affaire. Ils ne pionceront pas dans des draps de soie, pour sûr, mais, par ce climat, les punaises ne devraient pas se montrer trop belliqueuses. Avisant qu'ils approchent de l'enseigne, il se gare à quelques mètres du porche miteux. Une fois descendu, il s'allume une énième cibiche. Y'a plus qu'ça pour le tenir éveillé.

« Va nous prendre une table et commande. J'arrive. »

Vague hochement de tête. Elle s'éloigne. Une fois la gamine avalée par la bâtisse, il s'empresse de contourner la bagnole et de larronner, des entrailles rouges et grinçantes, un ballot de kraft grossièrement ficelé. Une épiphanie, jetée dans le coffre à la dernière minute – le gage grossier de son affection mutique. Son barda sous le bras, il verrouille le tacot et s'engouffre à son tour dans la cambuse. Elle a choisi une table près d'une grande baie vitrée, et contemple, à travers la suie, ce qu'il pense être la rue. Tirant la chaise en face d'elle, il s'y écrase, et jette par la même occasion son oblation sur la tablée.

« Ouvre », qu'il lui dit.

Elle s'exécute, sans trop rechigner.

Et, quand elle déchire le paquet, c'est une toison fauve qui se répand entre ses doigts ; du cuivre liquide qui ondoie sur un poil satiné, qui suce, avidement, la moindre nitescence du jour mourant. Chaque rayon de soleil qui vient s'abîmer sur le tout des peaux innombrables crée, à son tour, un milliers d'astres flamboyants. Des flots de fourrure feu, entre les pognes pâles. Une livrée farouche qui mendie pour une caresse, une étreinte – qu'une main aille se noyer dans son lustre chatoyant. Pourtant, une difformité gâche la superbe de l'offrande morbide. Sur le cœur, une cicatrice ourle son fil. Sur le cœur, un trou a creusé ses crocs. Alors, du cœur, maladroitement, Nikita a réparé l'offense – il a joint et brodé les deux bords de fil d'or.

« C'était – pour ton anniversaire. J'suppose qu'il aurait été un peu grand à l'époque. J'sais pas si t’allais avoir un manteau à ta sortie alors. Voilà. »    

Voilà.

Une offrande sauvage à la gloire de la Pythie des Fosses.
Revenir en haut Aller en bas
admin ☩ barbaric song
avatar
Khovanka Believ
admin ☩ barbaric song
HIVERS : : Vingt-et-un. BRATVA : : La Zapadovitch. BRANCHE : : Pythie des Âcres Simulacres. LABEUR : : Délivre les démons des âmes, prodigue défonce à qui choit en ses bras. CAPACITÉ : : Évanescence se fondant au Nav, elle est fumée, elle est Chimère. NIV. : : Premier. SYNDROME : : Souffre d'aphonies séquentielles déchirantes, et glaviote chair et sang jusqu'à cessation du supplice. IMPOSTURE : : Exorcise les maux des corps, dans un sordide salon de massage. ÉCHOS : : Vaurienne à l'aura de Sibylle, elle suinte d'une capiteuse étrangeté de sous ses sapes criardes. Khovanka, si on la reconnaît, on ne la connaît pas. ROUBLES : : 74 MÉFAITS : : 68 ID & GUEULE : : Carnavage, avec Charlotte Carey. CLIQUE : : Sacha Voliakov. CRÉDITS : : Carnavage (ava) ; Alas (sign) ERRANCE : : 28/10/2016
Sam 19 Nov - 17:35
____________________________________________


à la mamelle du ciel

lâchés en liberté dans le champs des jours vierges
Bout de grolle heurtant le ventail du tripot, la môme n'a pas même croqué le seuil qu'elle sait : oui, c'est une connerie et oui, ça schlingue à pleins naseaux l'idée de merde. Caleter loin de ce bled, il aurait mieux valu. Quitte à pioncer sous la gelée. Quitte même à pas grailler du tout. Mais déjà les causeries des soiffards s'assèchent à la bordée de leurs gosiers béants, et déjà sur son front, dégainent d'un coup douze canons. Ainsi, à Vorkouta, honore-t-on les petites pensionnaires du malolietki, auxquelles on impute peste et choléra. Car les gens d'ici voient d'un œil mauvais la maison de correction : le chômage, la criminalité, les cancers ? C'est à ces nocives raclures, qu'on les doit — et sans doute pas à l'abandon progressif des houillères, qui charbonnent néanmoins toujours consciences et oxygène. La frimousse juvénile, ombragée sous ronces ébènes, se guinde pourtant d'une morgue hardie : crachez ! que ça dit, même pas peur ! que ça argue. Mais ça se contente, pour l'instant, de reluquer vilainement. Alors à ses propres chevrotines de braquer les hostiles, tandis que la défroque se dégèle et déborde en ce terrain miné, ce bistrot inhospitalier de puisatiers aux truffes maculées d'excréments telluriens, qui semblables à la substance qu'ils extraient, elle le sent, ne sont qu'à une étincelle de s'enflammer. Tous autant qu'ils sont. Tous, et surtout lui, qui escorte sa tenace progression, coudes plantés sur son zinc. « C'est pour quoi ? », qu'il aboie enfin, lorsque l'effrontée accoste la tablée la plus isolée et largue à ses pieds son attirail. « … r'bouffer. », qu'elle gronde, à la dérobée, calant ses miches, dos à l'assistance. « T'as d'quoi m'payer ? » La cabèche s'ébranle d'une saccade positive. « Et ça s'ra... ? » En voilà, une bonne question. Deux ans qu'on la gave de la même bouillie. Deux ans que le goût, la langue et l'estomac s'atrophient sur la maussaderie des invariables rations. Elle ne sait pas. Le minois chavire sur l'ardoise, qui flotte non loin, mais vaine est l'oscillation. « … tout, sauf ton bortsch. », qu'elle finit par marmonner ; tout, pourvu que ça comble, vite et bien, le vrillant vide en son bide ; cet indicible malaise, qu'elle préjuge vulgaire fringale, non sans naïveté.

Ongle limé sous quenotte, elle toise le colis, puis l'homme, et l'offrande derechef. Ouvre, qu'il dicte. La phalange tyrannisée s'évade donc de la gueule crispée, et s'en va tâter l'informe. Ça ne riposte pas, alors elle tracte le ballot et, des deux mains, en écorche le paquetage. De l'échancrure jaillit le fauve, et de stupeur glapie le louveteau. Le pelage, comme doué d'une mémoire de ce que fut la vie, rampe hors de sa cage de papier, ondoie en souples moires entre les doigts frémissants. Nikita n'a pas finit sa phrase que, déjà, le museau prend en chasse les bribes d'effluves voltigeant à portée, avant que le minois ne s'y enfouisse tout à fait. Ça sent d'abord le confiné, et la nicotine. Il lui faut un moment, pour déceler, au-delà, les notes d'un parfum entêtant, vulgaire. La femme, ça sent la femme. Les paupières, contre fourrure, se froissent sur une chimère. On la voit, là, qui foule un macadam enneigé, un tube de rouge roulant entre lèvres débauchées. On l'entend, qui harangue le chaland, hèle le client. On la sent enfin, la douleur au cœur, et... soudain, quelque part, la fragrance d'un bosquet. Violence. Tel est ce qu'elle flaire, et palpe ; tel est ce dont elle se drape. La vision, emportée par la lumière qui reflue contre prunelles, soutire à la fille un sourire pâle. Paumes à plat, elle se soulève alors, jusqu'à frôler, de sa babine égayée, le masséter adverse pour n'y déposer que l'intention d'un baiser, qu'un chaud soupire, un profond merci.    

Autour d'eux, la ronde des fiels s'est étrécie, d'autant plus qu'au dehors, la nuit est là, qui les étrangle, tous les huit à l'intérieur. On lorgne, et on épie. On grimace, et on honnit. L'un se lève, rôde un instant, louvoie entre tablées. Khovanka ne voit pas, mais elle écoute, toute à l'affût qu'elle est. Car elle les reconnaît désormais, les sournois. À cette façon, qu'ils ont, de mâcher l'air, de le vicier de leurs vipérins venins. Oui, elle écoute, les borborygmes de son exécration qui festonnent par devers. Le gérant, qui les rejoint, quant à lui sans détours, décharge ses assiettes de jarkoïe, une bière pour monsieur, et une contre-façon de coca pour la demoiselle. « Vous faudra une chambre, aussi ? », se gausse-t-il, en les méprisant, de toute sa hauteur. L'adolescente l'ignore, grippant entre crocs la paille dansant à la surface de son sirupeux breuvage. « L'est pas un peu jeunette, pour un gars comme toi ? », qu'il renchérit, le crétin. Et là par contre, ça la désoblige, la gosse. « Mais va niquer ta mère, toi. », qu'elle lui balance, de but en blanc, sur un ton sérieusement offusqué mais outrageusement calme, cependant. Alors, il la reluque, sidéré par l'animosité, froide mais plus que patente, dont elle fait état, en paroles comme en posture. « T'as dit quoi ? » Et il va pour l'empoigner par le crin, mais hors de sa portée, la sauvageonne bondit. « J'ai dit... », et de sa manche, surgit un surin de fortune — un peigne affûté, bien entendu —, qu'elle brandit tant vers le tenancier que le scélérat qui l'a rallié. « Va. Niquer. Ta mère. »

Oui, c'était une connerie et oui, ça schlinguait l'idée de merde.
Alors voilà, ils y sont, maintenant, dans la merde.
les nouveaux sauvages

Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

____________________________________________


Revenir en haut Aller en bas
 
à la mamelle du ciel. (nikita)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
LES NOUVEAUX SAUVAGES.  :: RUSSIE-
Sauter vers: