Partagez | 
 

 la cabale. (sacha)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
BETWEEN GODS AND BEASTS
avatar
Nikita Noskov
BETWEEN GODS AND BEASTS
HIVERS : : trente-huit. BRATVA : : la viande et les putains; la Severovitch. BRANCHE : : agonies salutaires. CAPACITÉ : : Théurgie – niv. 3. SYNDROME : : érythème noirâtre, démangeaisons féroces. IMPOSTURE : : les mains dans la bidoche d'un abattoir, en attendant le soir. ROUBLES : : 174 MÉFAITS : : 184 ID & GUEULE : : para bellum CRÉDITS : : CARNAVAGE. ERRANCE : : 02/09/2016
Mer 14 Sep - 17:21
____________________________________________


La cabale.
Silence. Noir d'encre. Sous les alcôves, à peine quelques étoiles pour venir éclairer les pas des soûlards ; mais tous sont immobiles, râbles bandés dans l'attente. Puis, l'éclat sourd d'une grosse caisse fend la moiteur ambiante, rampe le long des vertèbres. Lente, profonde. Reptile sonore aux ondulations voraces. Le rythme s'incruste dans les myocardes lourds, remonte dans les gorges saturées. Nul autre timbre que ce battement pesant, auxquelles toutes les carcasses vibrent. Enfin, une lumière, rouge, laide, éclabousse la scène. Une femelle se tient au centre, carne fière vendue aux orbes libidineuses. Sous les néons, ses dents luisent de cinabre ; sourire cannibale qu'elle offre aux affamés. Les hanches ne tardent à balancer, à droite, à gauche, roulant leur adipose contre l'étrange tempo.
Échine arrimée au bar, Nikita contemple le spectacle sans émotion. Une heure qu'il attend, et sa veille s'annonce foutrement infertile. Une énième gitane se joint à ses lippes, venant assécher une chair déjà bien imbibée d'éthanol. Rien de bien important ne le retient dans le nébuleux cloaque, si ce ne sont des détails à régler avec le Baron quant aux prochaines livraisons de sa viande. Mais il semble que l'amer cerbère préfère prendre le frais cette nuit. Las, le regard vaseux se coule de nouveau vers le centre de la pièce, où deux autres besogneuses ont rejoint la première. Elles ne restent que l'instant de tendre à leur sœur un sabre, dont le métal nu luit d'un feu cruel. Alors une clameur monte de la foule, et les mâles vomissent leur impatience sans ambages. Des injures pleuvent, suivit de quelques billets froissés. Ils ont faim. Le rire de la donzelle est vite noyé par la mélopée grasse de l'orgue, qui joint son chant plaintif aux percussions. Noir total. Puis rouge encore. Et, sous le halo purpurin, une langue qui s'enroule sans fin. Elle et le sabre. Silence épais. L'acier est malmené par l'organe humide, le fil mignoté, poli avec une attention toute particulière ; tous se voient mourir sous les assauts de son écume buccale. Et puis elle l'avale. Elle l'avale jusqu'à la garde. Ça gueule et ça tonne. Foutre en ébullition qui se contient non sans mal.
Comme les autres, il reste saisi à reluquer les va-et-vient du fer dans la gorge, une demi-molle coincée dans le falzar. Elle est belle. Elle, faite idole par les mortels, elle, réclamant leurs laiteuses offrandes, elle qu'ils s'empresseraient de broyer s'ils ne pouvaient que l'effleurer. Un flot de crins noirs à salir. Une carne blanche à faire rougir. Toutes ces promesses à ourdir.

Mensonges.

Le numéro s'achève. La putain se gorge une dernière fois. Et elle s'en va.

Paumes vides et queues dures ; les cabots n'auront rien de plus. S'ils veulent se soulager, ce sera entre d'autres lèvres, en bas, dans les profondeurs. Ici, c'est sur les crèves-la-faim qu'on capitalise.

Lui ricane. Quelle belle connerie. Il s'est fait avoir, un peu, à demi. C'est rare. Il se secoue, bannit les restes de l'étrange transe. Une idole qu'on leur vend ? La salope n'est que parèdre des caniveaux, bonne à agiter la croupe quand il le faut. Tromperie que tout ce cirque enfiévré ; la chair est laide, et le sera toujours. Il n'y a bien que dans la charogne que l'on attrape un peu de vérité.

Clope engloutie dans un verre de vodka, une poignée de roubles abandonnées au barman. Une migraine pointe le bout de son horrible tronche, et il est temps de décaniller. Voliakov ne viendra pas. Il se fraye une tranchée dans la foule dense, carcasse pressée contre la sueur crasse de ses pairs qui se cherchent, se collent. Dégoût qui exhale un fumet de bile dans son œsophage. Dans la précipitation pour s'extraire de cette matrice puante, il bouscule une petite chose. Verre reversé, avalé par un troupeau de grolles avides. Un juron déborde d'entre ses lèvres, et il larde une de ses poche pour en extraire quelque monnaie. Il va pour la fourrer dans les mains de l'inconnue, et puis il voit sa gueule. Sacha. Un instant, il songe à lui demander où est son diable d'époux, mais la pensée ne fait que le traverser. Il marmonne une grappe d'excuses, et lui bourre la devise entre les pognes. Elle en fera ce qu'elle voudra, nul besoin de s'attarder pour laisser remonter les spectres du passé. Conscience qui rôde, à l’affût dans les bois de sa caboche. Ça l'emmerderait de réveiller le bestiau pour un macchabée oublié.


Dernière édition par Nikita Noskov le Dim 25 Sep - 21:44, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
admin ☩ a shapeless hunger
avatar
Sacha Voliakov
admin ☩ a shapeless hunger
HIVERS : : Vingt-cinq. BRATVA : : La Severovitch - Infante sur trône de viande daubée, tel un lys insolent sur son tas de fumier. BRANCHE : : Les Noces Éphémères - Valdingue à la guise des Rois, en vérité. CAPACITÉ : : Envoûtement. NIV. : : Second - Trophée raflé dans l'arène nuptiale, au lendemain des Vœux. SYNDROME : : Obscène délectation pour les voluptés sauvages. IMPOSTURE : : Poupée flanquée de monstruosités, la Douce Enfant régente l'Anamorphose, la caverne aux délicieuses répugnances. STATUT : : Épouse du Baron - Mordue, dévorée par la passion. ÉCHOS : : Sirène à squales - À son vouloir, creuse on la méjuge. Galbe limé pour paraître, n'attisant que convoitises, non curiosités. ROUBLES : : 948 MÉFAITS : : 798 ID & GUEULE : : Carnavage - Alicia Vikander. CLIQUE : : Khovanka Believ. CRÉDITS : : Alas. ERRANCE : : 30/05/2016
Dim 18 Sep - 3:50
____________________________________________



For memory distorts the ghosts
Tant mussé en les ventrailles des crevards, que tapis sous leurs piaffants sabots, l'écho pulsant d'un méphitique éros à l'affût de quelque désir, prostré en deçà de l'apparent, fore son layon à travers tympans. Car ce sont ces infâmes démangeaisons vénériennes de l'âme, que l'Anamorphose racle au sang. Hôte charitable des inavouables appétences pour l'obscène qu'aucun diktat moral n'a jamais su refouler, le club creuse autant la faim qu'il ne l'assouvie, magnétisant jusqu'en son tépide giron convoiteux et convoités, tant et si bien que bondé, chaque nuit, ce ventre de la mauvaise chère s'avère. Celle-ci n'y déroge guère, tandis qu'à l'onde qui dévergonde la dorsale s'agrègent les voracités des laudateurs ameutés à tel autel de la salacité, sur lequel la créature feint d'immoler ses chairs, saillant scandale sondant le puit sans fond de sa gorge experte à gober. Un phénomène, que cette Gorgone, suppléée par ses frangines, raflées au caniveau des vices et érigées en idoles, sous la salvatrice impulsion d'une tenancière qui en couve la moindre contorsion musculeuse, du haut de son perchoir. En sourdine la loquacité du supérieur se fait cependant monocorde babil à son oreille, fond sonore fragmentaire persistant, en dépit du peu d'intérêt manifeste saluant ce qui s'apparente aux jappements incessants de quelque ridicule toutou castré, rôle dans lequel l'adipeux eunuque, comptable de son état, s'illustre et qui plus est de la façon la plus soporifique qui soit. Bouffon de chiffons, que ce Iar, propulsé en travers de son chemin, sous prétexte qu'il faille éduquer l'épouse, tandis que celle-ci ne songe qu'à s'y faire les crocs, sitôt la face lunaire en sa mire. Demi-lune qui, du reste, surgit à son côté : « Le Baron, il ne serait pas d'accord », qu'il lui brame alors à l'esgourde, l'impudent, sans qu'elle n'ait une traître idée du motif de tel blâme. Le Baron-ci, le Baron-ça, la rengaine insipide ; et qui es-tu, petite merde, pour parler en son nom, elle manque lui cracher, au lieu de quoi elle opine, venin lui engluant le lingual, avant de s'entendre invitée à disposer, ce à quoi elle obtempère non sans une convulsion ulcérée du sourcil, tandis que la cohue en liesse acclame la performance achevée.

Son harmonieuse altérité soudée au front fait encore tache en ce sanctuaire de la discordance. C'est qu'ostensiblement étrangère aux hideurs auxquelles elle s'agrège sans savoir s'y fondre, la douce môme excite la curiosité des hères frôlés, encore inusités à sa présence en ces lieux, sitôt que leur attention n'est plus guère troublée par de plus alléchant mystère se déhanchant sur l'estrade. D'aucuns savent nonobstant, et inclinent de la caboche sur sa foulée, n'honorant en telle posture que la progéniture régalienne ou la conjointe du maître des lieux ; ce n'est pas Sacha que l'on salue, non, car qu'a-t-elle à faire valoir, si ce n'est ce con blasonné entre ses cuisses, dont on n'attendra jamais plus que ce qu'il est : une fente à héritier, qui plus est a fortiori mal barré pour accomplir cette pourtant si primitive destinée. Elle en est là de sa hargne lorsque, chétive comète boutée hors de sa trajectoire, elle répond au juron proféré par le météore d'une furieuse œillade à fracturer mâchoire. Simultané, périclite hors des lèvres blêmes un « Toi... », expression d'une certitude fracturée en écho à l'impact des corps. Troublée, tandis qu'en sa gourde paume il fourre rouble et apologies, fuse la sénestre qui se cramponne à l'astrale fulgurance qui, déjà, fait mine de réintégrer son orbite. « Nikita ! », elle hèle, éradiquant l'ombre du doute en nommant l'irruption, tandis qu'elle en contrarie l'élan en se déportant à la hâte jusque sous son museau de sorte que, non, elle ne lui concèdera pas ce luxe de la fuite, que les dieux lui dénient, à elle, depuis. Huit ans, déjà. Prunelles auscultant faciès, et tandis qu'un singulier mutisme s'enracine, elle prend la mesure de l'abysse cavée entre eux sans qu'elle ne s'en soit douté. Si bien qu'absurde lui apparaît sa position désormais, alors elle bat en retraite, libérant le bras tantôt harpé, une moue quinaude lui croquant le portrait. « Ton chien, comment il va ? », s'enquiert-elle alors, sans la moindre putain de raison, sinon celle de faucher net, maladroitement certes, le silence retentissant des culpabilités qui, déjà, s'égosillent.
les nouveaux sauvages

Revenir en haut Aller en bas
BETWEEN GODS AND BEASTS
avatar
Nikita Noskov
BETWEEN GODS AND BEASTS
HIVERS : : trente-huit. BRATVA : : la viande et les putains; la Severovitch. BRANCHE : : agonies salutaires. CAPACITÉ : : Théurgie – niv. 3. SYNDROME : : érythème noirâtre, démangeaisons féroces. IMPOSTURE : : les mains dans la bidoche d'un abattoir, en attendant le soir. ROUBLES : : 174 MÉFAITS : : 184 ID & GUEULE : : para bellum CRÉDITS : : CARNAVAGE. ERRANCE : : 02/09/2016
Dim 25 Sep - 21:43
____________________________________________


Et à la femelle de l'accrocher, l'invectiver, de l'empêcher ; de ta fuite elle ne veut. Le voilà bien forcé de reluquer le minois honni, dont les prunelles amères semblent, à chaque nouvelle rencontre, se teinter d'un peu plus de bitume. Se sont-ils jamais adressés la parole en dehors de l'île, leur forfait accompli ? Parfois un regard, au-dessus d'une chandelle allumée. Parfois un mot. Parfois quelques sentences. Et surtout un mutisme partagé, de peur d'engraisser quelque fantôme traînassant sur le marbre.
Rares sont les spectres qui se bigornent dans la caboche de Nikita. Mais ah, le leur, le leur devait être Roi. Il revoit sa face blanchâtre, la forêt de tubes qui bourgeonne sur son poitrail, ses yeux plein d'eau, et il entend, son souffle, écaillé, éraillé. Mécanique. Fragments de perceptions éclatées. Le long miaulement des appareils, lorsque tout est terminé, le battement de la porte de service par laquelle il se tire. Le crachin froid, dehors. Une odeur de javel lui plane encore dans les naseaux.

Ça commence comme ça ; par un souvenir. Puis on finit par regretter, on finit par se demander si on a fait le bon choix. On essaye bien de se dire qu'Il n'était qu'un parmi tant d'autres, qu'une tâche de plus sur des pognes déjà bien rouges. On se lave les paumes, encore, et encore, et encore. Mais les Immortels veillent à la remembrance. Ils doivent bien punir les régicides, d'une façon ou d'une autre. Lui l'accepte, mais ne cherche aucun surin pour venir fourrager la plaie, encore moins ce soir ; et elle ?

Autour d'eux, mugissent les séides et hurle l'orgue. Pourtant, c'est leur silence qui lui paraît le plus sonore. Il veut partir. Elle lui parle de son clébard. Il ne comprend pas. Ici est différent, ici n'est pas sacré. Ici n'est ni la place, ni l'instant pour palabrer. Il reste là, muré dans une aphasie poisse, cherchant un sens à l'impromptu verbiage. Dans son crâne, la migraine a fait son trou. Il se fourre une sèche entre les lèvres. L'allume. « Elle va bien. », qu'il finit par confesser, le verbe rauque et gras. Ses ongles s'attardent sur l'un de ses avant-bras, grattant une plaie qui n'est pas là. Nerveux, soudain ; un milliers d'yeux sur l'étrange duo qu'ils forment, et il les sent tous. Inquisiteurs. Peut-être même une paire d'esgourdes qui traînent. C'est qu'elle attire les regards, la môme. Plongée dans la populace, on se questionne, on reluque, dans l'espoir d’ouïr quelque rumeur sur les Monarques ; comme une nuée de parasites se préparant au festin. Ou peut-être bien qu'il gamberge un peu trop. Peut-être bien que personne ne leur prête attention. Peut-être bien qu'il fera mieux de se calmer, et de tailler gentiment le bout d'gras avec la dame. Le silence s'étire. Elle n'a pas l'air décidée à décamper malgré les réticences verbales du mâle.

Soit.

Il renifle bruyamment, cesse de tripoter sa carne immaculée pour venir suçoter sa clope. Inhale, exhale. Si elle veut discutailler bestioles, autant élever un peu la conversation qu'il se dit. « Et ta chatte princesse, bientôt engrossée ? C'est quoi son blase déjà ? Baba Yaga ? » La métaphore n'est ni fine, ni flatteuse. À la mesure de la gueule qui la dégobille, finalement. Le rustre enchaîne, nonobstant tout bon sens qui lui dicterait de la boucler. « Sales rumeurs qui circulent sur son compte d'ailleurs. Ce serait bien dommage que tu t'sois fait refiler un greffier stérile, si tu veux mon avis. » Once de décence engloutie par l'eau-de-vie. L'amabilité n'a jamais été son fort, encore moins éméché. Être sans morale, à la conscience moqueuse. La pique n'est pas méritée mais qu'est-ce qu'il y peut ; il aime pas bien quand on fait mentir les dieux.


Dernière édition par Nikita Noskov le Mer 26 Oct - 19:22, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
admin ☩ a shapeless hunger
avatar
Sacha Voliakov
admin ☩ a shapeless hunger
HIVERS : : Vingt-cinq. BRATVA : : La Severovitch - Infante sur trône de viande daubée, tel un lys insolent sur son tas de fumier. BRANCHE : : Les Noces Éphémères - Valdingue à la guise des Rois, en vérité. CAPACITÉ : : Envoûtement. NIV. : : Second - Trophée raflé dans l'arène nuptiale, au lendemain des Vœux. SYNDROME : : Obscène délectation pour les voluptés sauvages. IMPOSTURE : : Poupée flanquée de monstruosités, la Douce Enfant régente l'Anamorphose, la caverne aux délicieuses répugnances. STATUT : : Épouse du Baron - Mordue, dévorée par la passion. ÉCHOS : : Sirène à squales - À son vouloir, creuse on la méjuge. Galbe limé pour paraître, n'attisant que convoitises, non curiosités. ROUBLES : : 948 MÉFAITS : : 798 ID & GUEULE : : Carnavage - Alicia Vikander. CLIQUE : : Khovanka Believ. CRÉDITS : : Alas. ERRANCE : : 30/05/2016
Mer 12 Oct - 19:54
____________________________________________



For memory distorts the ghosts
Flingue chargé, que ce regard, qu'il lui pointe entre mirettes. Deux bouches à feu, néanmoins algides, dénuées de toute espèce d'éloquence, sinon celle de sommer à l'antagoniste, guiboles bien campées sur son piédestal, de battre en retraite. Mais elle fait fi de telle injonction, l'Infante, mésestimant la pétulance de son opposite, ou majorant plutôt sa sienne aptitude à cabrer, à tenir tête. Nonobstant, lorsqu'il l'arrose d'une première salve de phonèmes, la caboche chancèle sur son trône. Ma... quoi ? Médusée, elle se figure une méprise sur la personne, sans doute un contresens absurde, un vice d'audition, en imputant faute au tapage vicinal, ou à ces lampées capiteuses, dégluties tantôt. C'est, en substance, une orgie de postulats, se niquant les uns les autres avec plus d'ardeur à l'œuvre qu'un Charov, qui prolifèrent à revers de moue pantoise. Mais voilà qu'il glose, le grivois, qu'il épilogue. Voilà qu'il exagère, s'hasardant même à ronger le seuil du tolérable, en se payant le luxe de railler l'époux — luxe dont elle seule, s'autorise à disposer, en pensée ; et sitôt en foule-t-il l'instable membrane tendineuse, que déjà la Gorgone bande nerfs et hargne, que déjà le jus perfide d'une vilénie, à lui gicler au visage, écume sous papilles. Grippés pourtant, les crochets perforent un sourire mauvais, tandis que roulent les calots à la ronde ; piétaille, à perte de vue. Dissoudre le mufle de la clientèle à jets d'acide, pas bon pour le business. Alors, c'est sans plus de détours que de préméditation qu'elle lui épingle le blouson, tandis qu'à son esgourde elle se hisse, puis vidange l'excès de venin : « L'avis d'un rebut n'ayant que du cadavre à besogner parce que pas foutu d'se la lever pour la moindre connasse qui se brade, hm ? » Elle soupire contre tympan, à défaut d'être en mesure de le percer, mais persiste, syllabes rendues suaves par le fiel les empoissant : « Sois mignon, cale-toi le plutôt dans le fion, ça le dégourdira. » Ralliant alors sa marge initiale, sans que moue ne varie, elle s'offre la plaisance de la lui défriper, sa veste, en la libérant, d'une pression de paume sur poitrine, qu'elle brûle dilacérer à salves d'ongles manucurés. Et quoi ? S'attendait-il à ce qu'elle s'effarouche, s'envole, l'œil humide, pour lui céder victoire au premier round ? Car si telle était l'intention, la tactique s'avère vaine, et les conséquences en contraste absolu. « Qu'est-ce que tu fous là ? », qu'elle brigue alors, soudain piquée d'une caustique curiosité, attisée par l'évidente incapacité de son complice à museler ses pensées, s'avisant d'autre part, enfin, de l'irrégularité de sa présence. Mais au ramdam, de se réapproprier la sphère en laquelle ils s'éternisent ; les planches, en arrière-champ, se bondent d'une troupe de saltimbanques vociférateurs, auxquels s'adjoint la huée égrillarde des spectateurs éméchés. « Suis-moi ! », qu'elle commande donc, définitivement trop intriguée, comparativement au violent désir de l'expédier hors de sa vue — désir qu'elle subodore synchrone chez son émule. Et s'il était venu la trahir ? Baver les détails de leur mutuelle forfaiture ? Les doutes forent leurs tranchées, en ses certitudes ; de fait, ce serait dément, tout autant qu'irrationnel, mais que peut-elle bien y piger, à sa logique ? Car que sait-elle d'autre, au fond, de cet étranger, si ce n'est, précisément, de quoi il est capable ?

Séance tenante, elle se désagrège alors, au contact dense des chairs agglutinées qui les encageaient. Par de vives œillades, coulées à revers, elle s'assure être talonnée. Si, un temps, c'est en direction de l'issue, qu'elle semble les guider, une variation de cap les oriente plutôt vers un arc dérobé, barricadé entre deux paires d'épaules. Aux gardiens des galeries, l'Infante adresse un geste de menton, et aussitôt leurs corpulentes carognes se soudent en un barrage de barbaque, à la suite du tandem, qui dévale une volée de marches jusqu'à s'engloutir dans les boyaux rocheux de l'édifice. Un loquet est alors taquiné, et piaulent les gongs d'un massif battant. C'est là, que la tenancière a élu repaire, depuis qu'en l'office du maître, ses aises lui ont été spoliées. Un trou dans le fruit, qu'elle s'est dénichée, puisque telle est sa condition, puisque parasite en l'œuvre conjugale, on la considère, après tout. Jadis, sans doute, une réserve ; désormais, une loge inhospitalière, en dépit des efforts mobilisés, le réduit ne pouvant contenir qu'un bureau, aux allures d'autel réformé, un fauteuil défoncé et deux tabourets, que la maîtresse désigne d'un index à son hôte. C'est juchée sur la tablée, vacante en dépit d'un laptop et d'un cendrier, qu'elle se perche quant à elle, dos à, semble-t-il, l'unique trace de faste en cette triste cave, un diptyque stupéfiant tant par son ampleur que par son thème : la chute des Rois, en légende gravée ci-dessous. Mais elle n'a d'yeux que pour celui qu'elle découd du regard, pupilles effilées telles deux pointes d'aiguille, la régente. « Tu es venu implorer grâce ? C'est ça ? Tu penses que... confesser c'est expier ? Pas vrai ? », qu'elle lui lâche, enfin, pénétrée de l'idée qu'il ne peut y avoir autre mobile à son incursion ; résolue, de ce fait, à en avoir le cœur tout à fait net et, le cas échéant, aviser.
les nouveaux sauvages

Revenir en haut Aller en bas
BETWEEN GODS AND BEASTS
avatar
Nikita Noskov
BETWEEN GODS AND BEASTS
HIVERS : : trente-huit. BRATVA : : la viande et les putains; la Severovitch. BRANCHE : : agonies salutaires. CAPACITÉ : : Théurgie – niv. 3. SYNDROME : : érythème noirâtre, démangeaisons féroces. IMPOSTURE : : les mains dans la bidoche d'un abattoir, en attendant le soir. ROUBLES : : 174 MÉFAITS : : 184 ID & GUEULE : : para bellum CRÉDITS : : CARNAVAGE. ERRANCE : : 02/09/2016
Mer 26 Oct - 19:20
____________________________________________


À mesure que ses lippes s'agitent, la femelle, elle, se crispe. Idole de marbre qui l'empogne soudain ; la réplique ne se fait pas attendre, et dieux – le voilà à comprendre. Le mégot manque de lui en tomber du bec, fauché par un rire qui reste coincé dans sa gorge. C'est bien de sa propre stupidité qu'il se gausse intérieurement – presque qu'il avait oublié qui elle était. Le cabot est maté par les trombes cuisantes, ô combien méritées. Il estime foutrement bien s'en tirer pourtant – avec le rien qu'il a vomi, elle pourrait exiger quelques réparations plus conséquentes, et les estafiers de son époux ne seraient que trop heureux de l'obliger. Un coup à aller goûter la flotte de la Neva ça. Le bratok ne l'ouvre pas souvent, et c'est p't'être pour cette unique raison qu'il a encore sa peau sur le dos. La prochaine fois qu'il se traîne dans la popine, faudra voir à pas pousser jusqu'au comptoir – en cas que la Voliakov rôde encore dans les couloirs. À une autre, il n'aurait certainement pas manqué de respect mais ah, refroidir un héritier ensemble, ça vous rend hardi. Et aigri.
La diatribe se conclue rapidement, et la dame finit par s'enquérir de la venue du mâle en son domaine. Instant de flottement ; après sa logorrhée, le voilà à nouveau mutique, toute ébriété envolée. Alentours, la populace, elle, recommence à s'agiter et, avisant probablement de la situation, Princesse commande de la suivre. Hésitation. Il lui emboîte tout de même le talon, ne souhaitant pas aggraver ses affaires. Ou p't'être bien qu'elle ne veut pas d'esclandre publique ? Qu'elle préfère laver son linge sale dans les entrailles de son palais ? Merde, ça l'ferait bien chier de finir comme ça.

Il la suit pourtant. Il la suit, à travers myriades de détours, il la suit loin de la lumière, il la suit et compte cette kyrielle de pas qui les distance férocement de l'échappatoire. Un huis soudain, et deux cerbères pour le garder ; le bratok spécule qu'ici leur dyade devient quatuor, mais il n'en est rien. Ils franchissent le seuil et seuls ils restent, arpentant les froids corridors, s'engloutissant dans les fondements. Ils ne tardent à arriver. Une porte est poussée, une pièce est pénétrée, un tabouret est désigné. Il s'assoit. Rallume la sèche qui pend, inutile, à sa bouche. Tire une latte. Lourde quelques scories dans un cendrier adjacent, sans avoir à tendre grandement le bras. C'est qu'c't'étroit, l'officine de l'épouse. Il s'attendait à un quelque chose d'un peu plus... cossu. D'un œil, il lorgne la croûte qui s'étend derrière la donzelle, présentement le cul campé sur son bureau ; l'exécution n'est pas mauvaise, austère mais efficace. Quoi qu'un peu sinistre, il faut reconnaître que ça donne un certain cachet à la pièce.

L'interrogatoire ne tarde à reprendre et, cette fois, il ne s'agit plus d'ergoter bestiaux. Elle veut savoir s'il n'irait pas baver dans l'oreille de quelque gradé – s'il n'irait pas confesser. Ses crimes. Leur crime. Confesser. Putain. Il éclate d'un rire lourd, qui détonne contre les murs étriqués. Alors c'est donc ça qui la taraude. «  J'en sais rien princesse, c'est quoi le tarif pour avoir dézingué un futur pakhan ces jours-ci ? » Amertume qu'il crache, entre deux glaviots de fumée. «  Bordel, et à qui j'pourrais bien confesser ? Me tirer une balle dans le crâne serait autrement moins douloureux que d'avouer, ne serait-ce qu'un petit bout de ce que, de qu'on a fait. » Une pause. Ses doigts viennent encore chercher la carne d'un avant-bras, raclant impulsivement une absence. Il remarque son geste. S'arrête. Reprend son laïus. «  J'allais causer à ton homme, si tu veux tout savoir. Livraison de bidoche retardée, et autres conneries. Mais il s'est pas pointé. Alors j'ai bu. J'ai maté l'autre tâcheronne avaler sa lame. Et j'suis tombé sur tézigue. Fière soirée. » Entre ses lippes, la gitane est morte. Il l'écrase. « Et j'm'excuse », qu'il enchaîne sans préavis. «  J'veux dire – pour toute à l'heure. C'était foutrement déplacé, j'suppose. » Doux euphémisme. «  Ça m'a surpris de tomber sur toi. J'avais pas – j'avais pas forcément envie de causer de – ça» Parce que ça vient toujours. C'est là, entre eux – lui aurait-elle adressé la parole autrement ? Aurait-elle seulement posé le regard sur lui ?  Sûrement pas. Comme un sale cordon qui les relie, impossible à ignorer, impossible à contourner. Chaque mot qu'ils s'adressent n'est qu'un compte à rebours avant qu'ils ne prononcent son nom. Il viendra. Il vient toujours.  
Revenir en haut Aller en bas
admin ☩ a shapeless hunger
avatar
Sacha Voliakov
admin ☩ a shapeless hunger
HIVERS : : Vingt-cinq. BRATVA : : La Severovitch - Infante sur trône de viande daubée, tel un lys insolent sur son tas de fumier. BRANCHE : : Les Noces Éphémères - Valdingue à la guise des Rois, en vérité. CAPACITÉ : : Envoûtement. NIV. : : Second - Trophée raflé dans l'arène nuptiale, au lendemain des Vœux. SYNDROME : : Obscène délectation pour les voluptés sauvages. IMPOSTURE : : Poupée flanquée de monstruosités, la Douce Enfant régente l'Anamorphose, la caverne aux délicieuses répugnances. STATUT : : Épouse du Baron - Mordue, dévorée par la passion. ÉCHOS : : Sirène à squales - À son vouloir, creuse on la méjuge. Galbe limé pour paraître, n'attisant que convoitises, non curiosités. ROUBLES : : 948 MÉFAITS : : 798 ID & GUEULE : : Carnavage - Alicia Vikander. CLIQUE : : Khovanka Believ. CRÉDITS : : Alas. ERRANCE : : 30/05/2016
Sam 29 Oct - 20:18
____________________________________________



For memory distorts the ghosts
Exhumés de ses bronches, les ectoplasmes livides dansent, entre chiens de faïences. Ils sont là, les secrets ; ils puent l'agonie, rance effluve irritante qu'un revers de taloche ne suffirait à congédier.  Au travers de ces corps éthérés, Princesse épie, plus qu'elle ne prête ouïe. Princesse se défie de la plaidoirie masculine, Princesse sait que les hommes trahissent et feignent, sitôt la fermeté de leurs burnes mise à l'épreuve de son doigté. Il les a moites, elle gage, relevant à son tour le jeu de main du vilain. Nervosité ? Paupières basses et menton haut, elle le toise, gagne en altitude pour mieux le considérer. Non, la nervosité de Nikita se déclare par poings et calomnies. La nervosité de Nikita n'est pas fébrile, elle est belliqueuse. Culpabilité, elle soupçonne donc, tandis qu'une fossette se creuse. « Douloureux certes, mais il t'en faudrait plus d'une pour te tuer, Noskov... nous autres, pauvres créatures, à défaut de ne pas trop craindre les balles, nous prenons nos précautions, vois-tu. »

Dans le vide perchées, les guiboles valsent, suivant la chaotique cadence de quelqu'épée de Damoclès suspendue à un fil au-dessus de leurs nuques. Fil qui grince, qui piaule sa cruelle vulnérabilité. Fil qui les entrave l'un à l'autre, pourtant. Se supporter, ou crever ; telle est l'unique alternative que leur soumet le Sort. S'ignorer, ce serait le distendre plus qu'il ne l'est déjà, ce serait se risquer à le rompre. Lorsque l'homme est évoqué, cependant, le balancier nonchalant des mollets s'enraye. Ça ne lui plaît pas. Oh, dieux ! non, ça ne lui plaît pas, que le fil de leur destin courtise telle lame. Qu'y peut-elle ? Rien du tout. Sempiternel réflexe, sitôt la silhouette conjugale convoquée à quelque conciliabule que ce soit : à ses quenottes livrée, la culasse d'une tige s'enchâsse. Du feu. Elle n'en a jamais que dans les yeux. Alors c'est le mégot du complice, broyé mais toujours ardent, qui vient lui en baiser la cime. Pour sa tronche, est la prime excrétion fumeuse, et sont ainsi passées sous silence les apologies jargouinées. « Sait-il ?, feule-t-elle alors, entre adorables crocs, Sait-il que tu me connais ? » En travers de phalanges, la fournaise miniature joue quant à elle les comètes hostiles. Toute Gorgone qu'elle puisse être, et étouffant sous une nappe de fumée sa rogne, elle ne peut s'empêcher sourire. Moue nonobstant soucieuse, mitigeant ses traits jusque-là sévères. À quoi bon le maudire, à quoi bon l'honnir. Il était le surin, elle était la main. Le bras de sa jeune vindicte, son fratricide fait corps. Et lorsqu'un frère de sang lui fut fauché, c'est d'un frère de crime dont elle a écopé.

Coulée au bas de son perchoir, la harpie rétracte griffes. Démarche vaporeuse, qui l'emporte au flanc du congénère, face à la magistrale chute des Rois. Une paluche se néglige sur l'épaule du géant, qu'elle ne surplombe plus de beaucoup, bout de môme qu'elle est. Silencieuse, ne clapotant plus que pour suçoter son smog, elle s'abîme en telle macabre contemplation, sans que ne filtre le moindre atome accusant quelqu'état d'esprit que ce soit. « Sors-moi de là. D'ici. Tu es venu comment ? », qu'elle s'enquiert, en catastrophe, froissant le cuir sans y songer. Les prunelles choient de côté, sans que n'oscille le minois altier. « Conduis-moi où tu veux. » Buste soulevé, elle recèle en elle une goulée d'air mort, redoutant aussitôt telle inconvenance, et plus que tout un mépris net et sec. Mais elle n'implore pas, la Voliakov, non. Elle propose et n'a, après tout, jamais fait que cela, lui laissant toujours soin de disposer, de refuser.
les nouveaux sauvages

Revenir en haut Aller en bas
BETWEEN GODS AND BEASTS
avatar
Nikita Noskov
BETWEEN GODS AND BEASTS
HIVERS : : trente-huit. BRATVA : : la viande et les putains; la Severovitch. BRANCHE : : agonies salutaires. CAPACITÉ : : Théurgie – niv. 3. SYNDROME : : érythème noirâtre, démangeaisons féroces. IMPOSTURE : : les mains dans la bidoche d'un abattoir, en attendant le soir. ROUBLES : : 174 MÉFAITS : : 184 ID & GUEULE : : para bellum CRÉDITS : : CARNAVAGE. ERRANCE : : 02/09/2016
Lun 31 Oct - 2:24
____________________________________________


Oh, il se tuerait mille fois, si quelqu'un savait ; plutôt le néant que la géhenne. Il ne connaît que trop le sort des vendus, ceux que l'on livre aux chiens, aux molosses de son espèce pour qu'ils y ébarbent leurs crocs. Non – leur secret restera scellé dans sa caboche, et il y pourrira ; la survie comme garante de l'omerta. À l'évocation du maître et seigneur – si tant est que l'on puisse ainsi le qualifier – un éclair de courroux surgit chez sa parèdre, aussitôt dompté par quelque vapeurs goudronnées. Un rictus, pourtant, déforme les traits de la femelle lorsqu'elle s'enquiert des accointances des deux enflures. Sait-il? « Non. », que le Noskov rétorque platement. Non, l'homme ignore, ou, tout du moins, le bratok n'a rien dégoisé à leur sujet. Que le baron soit au parfum reste une possibilité, mais la fuite n'est pas à mettre sur son compte. Réponse qui semble la satisfaire. De son trône, l'altière descend pour venir se couler à ses côtés. Menotte échouée sur la charpente de l'animal, elle s'immobilise face à la Chute et perd ses orbes en contemplation. Il la regarde. Entrevoit – comme il y a longtemps, l'or de la couronne qui ruissellera sur sa crinière, et la pourpre du manteau qui tâchera ses épaules. Reine, l'Infante sera. Et il se demande alors, combien seront-ils à avoir fait brûler le monde pour elle.

Mais, pour l'heure, elle n'est encore que Princesse, et son royaume n'est que verre tant qu'entrailles restent vides de marmaille.

L'instant passe. L'apparition sauvage s'en va, et les suffocations du présent la remplacent. Elle veut se tailler. Là, maintenant. N'importe où. Il veut dire non. Il lui dit viens.

Ils sortent. L'air libre, enfin, et la glace qui étiole leurs souffles. Il guide leurs carcasses jusqu'à sa Lada, garée sur le trottoir d'en face. Immonde petit tacot d'un rouge sale et criard, elle n'en reste, malgré son grand âge, pas moins fiable et solide. Il la déverrouille et, d'une main rapide, taille une place à son acolyte parmi les carnets, feuilles volantes, bouquins et autres rebuts qui encombrent le côté passager. Elle grimpe, s'installe. Il démarre.

Les boulevards ne tardent à défiler, gris, silencieux. Les avenues vides salivent sur eux leurs lumières jaunes avant de disparaître, avalées par une sorgue gourmande. Il ne sait où ils vont. Il trace, agrafant leur trajet au dos des falaises et des plages qui peuplent la côte. Il suppose qu'ils finiront bien par arriver quelque part. Au détour d'un virage, une épiphanie soudain. Il oblique alors, vire et dévie, remontant à l'inverse de leur sillage. Elle ne demande rien. Il ne lui dit rien. Pour tout ce qu'il en sait, il pourrait bien aller la noyer dans l'océan. Il pourrait. Entre cinquante et cinquante-cinq kilos sous les pognes, maintenus dans les eaux noires jusqu'à ce que tout remous ne se dissolve. Une éternité à attendre. Puis ses paluches qui la lâchent, enfin, et elle, elle qui flotte, échine cédée aux astres. Son crin auburn ondoie autour de son crâne, comme une gorgone aux reptiles tombés. Il pourrait. Il suppose qu'elle a l'habitude de voyager avec des monstres taiseux.

Après une dernière paire de virages, ils finissent par arriver. L'asphalte sous les roues fait place à un béton effrité, alors qu'ils s'engagent sur une jetée dont l'apex s'enfonce dans les flots enténébrés. Alentours, des bâtisses en ruine étendent leur empire, vendant leurs charognes aux herbes folles. Au bout de l'appontement, offerte aux vents, une rotonde solitaire dresse sa gueule dépouillée. Il se gare non loin de l'entrée, les approchant le plus possible de la clôture qui enserre l'édifice. Une fois le contact coupé et les phares éteints, le noir se fait ; ni lune ni étoiles pour gracier leur chemin. Il récolte une lampe-tempête à l'arrière et, l'allumant, se risque à l'extérieur. Un noroît déchaîné accueille son ossature vacillante, manquant de lui arracher le précieux flambeau. Par signe, il indique à la donzelle de le suivre. Longeant les barbelés sur quelques mètres, il retrouve une saillie dans le treillage qu'il maintient ouverte pour qu'elle s'y glisse, avant de s'y engouffrer à son tour. La serrure des battants de l'entrée n'offre pas grande résistance et, bien vite, ils se retrouvent saufs à l'intérieur. Le loquet est refermé derrière eux. De nouveau, le silence règne ; à peine le murmure des bourrasques, au dehors. Ouvrant la marche, le bratok avance, lanterne brandie dans les ténèbres. L'Oceonarium leur ouvre les bras.

Ils dépassent un guichet poussiéreux, où une pancarte encore debout vante les merveilles d'une exposition vieille d'une dizaine d'années. À la lumière, les murs révèlent des affiches où s'exhibe quantité d'espèces marines, scintillantes dans leurs eaux éternelles. La poussière recouvre tout – ou presque. Seul le sol, à la crasse trouble, atteste de la présence de quelqu'âme en ces lieux. Des salles sont rapidement parcourues, offrant aux lueurs jaunâtres les restes de leur ancienne gloire – ici des aquariums colossaux, là des bronzes fracturés, ailleurs de délicats assemblages présentant d'exotiques fretins. Mais le bratok presse le pas, car c'est dans les profondeurs que se cache la perle. Le loquet d'une sortie de secours est taquiné, et il faut descendre, encore. La catabase s'effectue en empruntant un escalier métallique, déployé en circonvolutions nébuleuses.

Tout ce qu'il espère, c'est qu'Il soit encore là. Alors, un pas après l'autre, il force la marche pour dévaler les interminables degrés.

Le béton revient enfin sous leurs talons et, poussant une dernière porte, ils pénètrent dans le sanctuaire intérieur. Où que la vision se pose, il n'y a qu'un mur d'eau. Immense. Infini. Un aquarium prodigieux qui s'étend sous toute la surface du bâtiment, dont les viscères ne sont que flots salés et illustres chimères. Dans les vallons sabloneux qui composent son sol, s'étirent une poignée de halos, vaillants veilleurs qui percent difficilement ses ténèbres. Grimpant paresseusement contre ses flancs, des escaliers desservent les coursives supérieures – celles qui semblent s'étendre dans les cieux et par lesquelles on accède à ses eaux sacrées. Nulle main d'homme ne semble avoir construit le bassin aux dimensions titanesque.

Car Titan en son sein il abrite.

Ils entendent son chant.

Sans attendre, Nikita dévore la distance qui le sépare de l'alliage de verre, et y accole sa dextre libre.

Va t-il venir ?

Et, comme l'étrange réponse à son inquisition muette, surgit des profondeurs la créature immense et merveilleuse. S'offre à leurs yeux, une baleine à la carne immaculée.
Revenir en haut Aller en bas
admin ☩ a shapeless hunger
avatar
Sacha Voliakov
admin ☩ a shapeless hunger
HIVERS : : Vingt-cinq. BRATVA : : La Severovitch - Infante sur trône de viande daubée, tel un lys insolent sur son tas de fumier. BRANCHE : : Les Noces Éphémères - Valdingue à la guise des Rois, en vérité. CAPACITÉ : : Envoûtement. NIV. : : Second - Trophée raflé dans l'arène nuptiale, au lendemain des Vœux. SYNDROME : : Obscène délectation pour les voluptés sauvages. IMPOSTURE : : Poupée flanquée de monstruosités, la Douce Enfant régente l'Anamorphose, la caverne aux délicieuses répugnances. STATUT : : Épouse du Baron - Mordue, dévorée par la passion. ÉCHOS : : Sirène à squales - À son vouloir, creuse on la méjuge. Galbe limé pour paraître, n'attisant que convoitises, non curiosités. ROUBLES : : 948 MÉFAITS : : 798 ID & GUEULE : : Carnavage - Alicia Vikander. CLIQUE : : Khovanka Believ. CRÉDITS : : Alas. ERRANCE : : 30/05/2016
Sam 5 Nov - 3:06
____________________________________________



For memory distorts the ghosts
Stalagmite d'étoffe fuligineuse sur tranche de trottoir, larronnant à la nuit quelques uns de ses reliefs de noirceur, la fugueuse se fige. Une œillade saborde l'épaule, se hisse jusqu'aux néons de l'enseigne, qui bariolent un instant de rouge les contours d'un profil pensif. Elle oscille, entre l'évasion déployée à la pointe de ses orteils, et son devoir, ombilical difforme, qui se cramponne à ses viscères, au point d'en asphyxier les élans fugitifs. Se comporte-t-elle vraiment comme la dernière des marâtres, délaissant géniture ? Certes oui ! Et cingle la ricanerie, tandis qu'est congédié le dargeot fumant, qui s'éternisait entre quenottes, d'une pichenette dédaigneuse. Qu'ils la réclament, qu'ils chialent après celle que l'on chuchote encore n'être qu'inapte vacataire, insignifiance d'épouse propulsée au pinacle par miracle, mais dont la défaite ne saurait être autre qu'imminente. Que leurs sanglots éplorés participent à distiller la liqueur de l'accoutumance, lait dont elle les aliènera tous, tôt ou tard, ces têtards disgracieux. Puisqu'il n'y a, en ce castel des hideurs, de place que pour une mère-monstre ; ainsi soit-il. Les griffes se défilent alors sous gants, tandis que le rachis du Noskov, déjà, se fond aux froides ténèbres. En quelques foulées, elle recouvre la distance semée, ébranle portière et embarque.

Pas causant, le chauffeur. Mais de discours lasse, la Voliakov se plaît à n'ouïr que la respiration poussive de l'antiquité, et le ronflement de sa lourde allure imprimant le bitume. Un régal, du reste, partagé par son séant régalien qui n'avait, jusqu'ici, jamais eu à souffrir telle pénitence. Quant aux mirettes, tentées provisoirement par les grises perspectives s'étirant contre carreaux, c'est finalement au tumulte des esquisses, qu'elles se livrent. Qu'il l'égare, elle consent, en ne sommant pas une seule fois, ni l'homme ni la route, de lui lâcher ne serait-ce qu'un moindre indice à propos de leur destination finale. Non plus lorsqu'il rectifie leur trajectoire, volte-face qu'elle ne fait pas même mine de noter, toute entière dédiée à une inspection ostensible, sans gêne, de ces lieux inusités, refoulant la froide nicotine et le clébard mouillé. Elle pourrait. Soulever, déplacer, transgresser les frontières de la plus basale des politesses. S'approprier chaque empan, oblitérer chaque folio, chaque encart. Frapper de sa présence, de son odeur, de ses mots, les ultimes recoins de ce bordel d'auto. En faire l'écrin de sa souvenance, perpétuelle hantise qui, dès lors, l'escorterait partout, toujours. Elle pourrait. Elle suppose qu'il n'a pas l'habitude de voyager avec grand monde.

Lorsqu'aux rafales iodées se soumet le fuselage putassier, et que s'étrangle la turbine à l'arrêt, la passagère daigne enfin accorder quelqu'égard à l'environ. Égarée, la voilà redoutablement exaucée, tandis que le milieu de nulle part les ingurgite en sa panse creuse. Charmant, qu'elle se dit, en posant pied à terre, s'abstenant ensuite de s'enquérir du nombre de macchabées enfouis sous tel tertre frais, sous telle dalle de béton, que le faisceau blafard déblaye de leurs ombres — se gardant ainsi de concourir à la germination de telles lugubres idées, dans le ciboulot de son dément de labadens, des fois que. Idées déboutées hors de sa propre binette, lorsque les ruines sont infiltrées et que se révèlent les vestiges et bris de l'Oceanarium. Là, enfin, l'intérêt est taquiné, au même titre que la serrure de l'issue, par laquelle leurs dégaines muettes se faufilent, et plus encore lorsque, guidée dans les torves boyaux de l'architecture, l'air stagnant n'est plus troublé que par la sinuosité de leur dégringolade. Alors, enfin, ils l'atteignent, ce elle-ne-sait-quoi d'énorme, qui lui fauche et haleine, et motion. Une fois n'est pas coutume, soufflée par tant d'ampleur, demeure la Voliakov. Et elle attend, campant le fond des lieux, n'épiant plus que de biais la colossale surface liquide. Elle attend, car elle soupçonne, car elle sait, à cette façon qu'il a, paume contre baie, de héler silence et vide. Quelque chose vient.

Le silence, soudain, s'enfle d'une mélopée.
Le vide, alors, se tuméfie d'une vision.

Vertige endogène ; le cœur se tasse en fond de cage. À la caboche de basculer, manquant choir de son socle, comme sous l'effet d'une pétulante mornifle, cependant qu'encastrées en leurs châsses béantes, les torves agates se bornent à escorter l'onde fantomatique. Sans que l'ordre conscient ne leur en soit donné, les guiboles titubent cependant que les contours lunaires du monstre, déjà, s'estompent. À son tour, d'étaler menottes et anhélation sur l'obstacle. « Qu'est-ce que c'était... ? », qu'elle frémit, comme pour donner corps à ce songe, avant qu'il ne se volatilise tout à fait. Mais alors, Léviathan tourne bride en une seconde circonvolution, en amont de leurs fronts. « Et comment tu... ? », renchérit-elle, sans cesser, pourtant, de contempler l'ineffable. Elle s'esclaffe, alors. Jubilation sans mobile précis, sinon qu'enjointe par cette naïve exultation, ô combien juvénile, se frayant voie entre les fissures du marbre coutumier lui ouvrageant le portrait. Défigurée, l'Infante se révèle. « Est-ce qu'on peut... ? », elle demande, sans que ne tarisse la limpide hilarité, conviant lorgnade à sa requête, tandis que le menton désigne l'une des coursives supérieures. Dans ce regard-ci, miroitent les remèdes à ses maux, ceux auxquels la psyché se refuse de sacrifier, par protection, par habitude : l'oubli et l'abandon. Et ce n'est enfin plus de crime, dont elle se rend complice, lorsqu'à cet inconnu familier, elle révèle la confidence de ses plus intimes transports, ceux-là qui la fragilisent et trahissent son odieuse vulnérabilité, ceux-là qu'elle scelle d'ordinaire, avec le plus grand des soins, sous monts de neiges éternelles.
les nouveaux sauvages

Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

____________________________________________


Revenir en haut Aller en bas
 
la cabale. (sacha)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
LES NOUVEAUX SAUVAGES.  :: NORD-
Sauter vers: